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Rachel Monnat / Accrosens

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Parler simplement de vie, de sexualité


La puissance de la joie de Frédéric Lenoir

Publié par Rachel Monnat sur 14 Août 2016, 07:42am

Catégories : #livres, #la vie

La puissance de la joie de Frédéric Lenoir

Un livre tout à fait palpitant ! Palpitant, car il n'est pas à inciter de devenir "sage" dans le sens, je suis complètement "zen", mais plutôt de croquer la vie à pleine dent, de vivre de ressentir, d'accepter cette exubérance tout en étant dans la joie permanente et l'acceptation!

Je vous mets un grand extrait de l’introduction qui me marque beaucoup, principalement la parabole du chien et du chariot ainsi que l’histoire du vieillard à l’entrée de la ville, une histoire que je cite régulièrement !

Il n’y a donc pas de bonheur sans plaisirs – des plaisirs modérés et choisis. Or, le plaisir étant éphémère et dépendant de causes qui nous sont extérieurs, une nouvelle question se pose : comment rendre le bonheur durable ? Autrement dit, comment continuer à être heureux si je perds mon travail ? si mon conjoint me quitte ? si je tombe malade ? Les philosophes de l’Antiquité répondent qu’il faut parvenir à dissocier le bonheur de ses causes extérieures et lui en trouver de nouvelles, en soi cette fois. C’est le stade supérieur du bonheur, appelé la sagesse. Être sage, c’est consentir à la vie et l’aimer comme elle est. C’est ne pas vouloir à tout prix transformer le monde selon ses propres désirs. C’est se réjouir de ce qu’on a, de ce qui est là, sans toujours désirer davantage ou autre chose. Cette belle formule attribuée à saint Augustin le résume bien : « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà. » Elle fait aussi écho à la morale stoïcienne qui nous incite à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, essayons de le changer : je suis accro à l’alcool ou aux jeux, je peux combattre mon addiction ; certaines de mes fréquentations me sont néfastes, je les limite. Mais comment réagir face à ce qui ne dépend pas de nous ? Que faire quand la vie nous met à l’épreuve lors d’un accident, d’un deuil, d’une catastrophe ? La sagesse, disent les stoïciens, consiste à accepter ce sur quoi on ne peut pas agir. Ils l’illustrent par la parabole du chien tiré par un chariot. Si le chien résiste et refuse de suivre le chariot, il sera malgré tout tiré de force et arrivera épuisé et blessé à destination. S’il ne se débat pas, il suivra le mouvement du chariot et parcourra le même trajet en ayant beaucoup moins souffert. Autant donc accueillir l’inéluctable, plutôt que de le refuser et de lutter contre le destin. Quand on ne peut faire autrement, mieux vaut accepter les choses telles qu’elles sont, consentir à la vie. Cela ne se décrète évidemment pas sur un coup de baguette magique : la sagesse, même pour la plupart des stoïciens, reste un objectif difficile à atteindre et peu d’êtres humains y parviennent totalement.

L’idéal de sagesse ainsi défini par les Anciens peut se résumer en un mot : l’autoarkeia, l’ "autonomie », c’est-à-dire la liberté intérieure qui ne fait plus dépendre notre bonheur ou notre malheur des circonstances extérieures. C’est elle qui nous apprend à nous réjouir de ce qui advient, l’agréable comme le désagréable –en ayant conscience que, bien souvent, l’agréable n’est qu’une perception, tout comme le désagréable. Le sage, lui, prend tout. Le bonheur qu’il recherche est un état qui se veut le plus global et le plus durable possible, à l’inverse de l’éphémère plaisir. Le sage sait qu’il abrite en lui la véritable source du bonheur. Cette histoire issue de la tradition soufie en est l’illustration : « Un vieil homme était assis à l’entrée d’une ville. Un étranger venu de loin s’approche et lui demande : « Je ne connais pas cette cité. Comment sont les gens qui vivent ici ? » Le vieil homme lui répond par une question : « Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ? » « Égoïstes et méchants, lui dit l’étranger. C’est pour cette raison que je suis parti. » « Tu trouveras les mêmes ici », lui répond le vieillard. Un peu plus tard, un autre étranger s’approche du vieil homme. « Je viens de loin, lui dit-il. Dis-moi comment sont les gens qui vivent ici ? » Le vieil homme lui répond : « Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ? »« Bons et accueillants, lui dit l’étranger. J’avais de nombreux amis, j’ai eu de la peine à les quitter. » Le vieil homme lui sourit : « Tu trouveras les mêmes ici. » Un vendeur de chameaux avait suivi les deux scènes de loin. Il s’approche du vieillard : « Comment peux-tu dire à ces deux étrangers deux choses opposées ? » Et le vieillard lui répond : « Parce que chacun porte son univers dans son cœur. Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons. Un homme heureux quelque part sera heureux partout. Un homme malheureux quelque part sera malheureux partout. »

Une telle conception du bonheur est aux antipodes de celle qui domaine aujourd’hui dans les sociétés occidentales : on y vante sans cesse un pseudo-bonheur narcissique lié à l’apparence et au succès, on nous vend, à longueur de publicités, un « bonheur » se limitant en réalité à la satisfaction immédiate de nos besoins les plus égoïstes. On évoque des « moments de bonheur », alors que pour les philosophes et les sages, le bonheur ne peut être fugace, c’est un état durable, l’aboutissement d’un travail, d’une volonté, d’un effort. En fait, nous confondons plaisir et bonheur et nous sommes bien davantage en quête de plaisirs sans cesse renouvelés que d’’un bonheur profond et durable.

Outre le plaisir et le bonheur, il existe un troisième état, qu’on évoque beaucoup moins et qui est source d’un immense contentement dans la vie : c’est la joie. La joie est une émotion, ou un sentiment, que les deux psychiatres François Lelord et Christophe André décrivent comme une « expérience à la fois mentale et physique intense, en réaction à un évènement, et de durée limitée ». Sa particularité est d’être toujours intense et de toucher l’être dans son ensemble : le corps, l’esprit, le cœur l’imagination. La joie est une sorte de plaisir décuplé : plus intense, plus global, plus profond. La plupart du temps, la joie, comme le plaisir, répond à un stimulus extérieur. «Elle nous tombe dessus », avons-nous coutume de dire. Nous avons réussi un examen, nous sommes joyeux. Nous gagnons une compétition, nous exultons de joie. Nous découvrons la solution d’un problème complexe, nous sommes remplis de joie. Je retrouve un ami perdu de vue depuis longtemps, je suis envahi par la joie. La gestuelle du plaisir est bien souvent sobre, lente : on sourit de contentement, on respire d’aise, on s’étire de satisfaction, comme un chat repu auprès d’un bon feu. La joie, le plus souvent, est bondissante. Intense, exubérante, elle nous secoue, nous transporte, s’empare de notre corps, en prends le contrôle. Nous levons les bras au ciel, nous dansons, nous sautons, nous chantons... Elle est communicative. Ce n’est pas un petit plaisir en solitaire. Quand nous sommes dans la joie, nous avons besoin de la partager, de la transmettre aux autres… même à des inconnus ! Pourtant, comme le plaisir, la joie est souvent fugace (nous verrons plus loin que ce n’est pas toujours le cas) et, quand elle nous submerge, nos pressentons que cela ne durera pas. Ce n’est pas le fait du hasard si une des plus émouvantes cantates de Bach est inspirée par ce souhait universel : « Que ma joie demeure ». En même temps que ce sentiment d’euphorie, la joie apporte une force qui augmente notre puissance d’exister. Elle nous rend pleinement vivants. Ne plus jamais connaître la joie entraînerait une grande détresse morale, telle celle que certains d’entre nous traversent à la suite d’un deuil insurmontable, capable d’éteindre toute puissance vitale en soi.

Tout au long du livre, il nous parle de différents remèdes pour ressentir la joie quotidiennement, les conseils sont souvent contraires à notre mode de vie actuelle:

  • Aimer ce qui nous arrive et ne pas le subir !
  • Être à l’écoute des 5 sens : regarder, écouter, toucher, sentir, goûter.
  • Valoriser la présence et non la quantité des choses accomplies.
  • Ouvrir son cœur, accepter de vivre dans une certaine vulnérabilité, tout accueillir, même si on est blessé. Vivre pleinement. Une personne qui se « blinde » souffre moins, mais s’interdit l’accès aux joies profondes de l’amour.
  • La joie frappe souvent à l’improviste.
  • Applaudir les réussites des autres, ne pas être dans la compétition, à juger, comparer. La comparaison et la jalousie sécrètent du malheur, alors que se réjouir des qualités et de la réussite d’autrui est source de joie.
  • La vie nous déstabilise en permanence et c’est une joie. Elle laisse la place à l’inconnu, à l’opportunité. Un être humain qui est en joie ne peut plus nuire à autrui. Il a vaincu en lui l’égoïsme, la jalousie, l’envie, le besoin de dominer, la peur de perdre, le manque d’estime de soi ou une trop grande estime de soi, bref tout ce qui crée les conflits entre les individus et les guerres entre les peuples.

« L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux. Ce n’est que cela. C’est tout, c’est tout ! Celui qui saura qu’il est heureux le deviendra tout de suite, à l’instant même », s’exclame Kirloff le suicidaire dans Les Possédés de Dostoïevski.

"La puissance de la joie" de Frédéric Lenoir, édition Fayard, 2015

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