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Rachel Monnat / Accrosens

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Parler de la vie, de l'histoire, de voyage...


Le dispensaire à Akunnaaq

Publié par Rachel Monnat sur 21 Août 2026, 06:30am

Catégories : #histoires, #histoires vécues, #témoignage, #liberté, #groenland

19e épisode

Si on est malade, si on se blesse… Il faut bien s’adresser quelque part… Il y a donc un dispensaire à Akunnaaq dans ce village de 47 habitants, isolé sur une île.

Le bâtiment est jaune, c’est le code couleur pour l’hôpital au Groenland.

Dispensaire d'Akunnaaq

Dispensaire d'Akunnaaq

Deux jours avant de rentrer en Suisse, en sortant du bâtiment des douches, je m’avance vers le dispensaire qui le jouxte. Je vois, par la fenêtre, une jeune personne que je ne connais pas, en blouse blanche et je fais demi-tour. Puis, je me ravise, c’est quand bête, j’ai un métier d’infirmière, même si je ne le pratique plus, j’ai toute ma légitimité de m’intéresser au côté médical d’Akunnaaq. Donc, je refais demi-tour, je toque et j’entre, comme dans toutes les habitations groenlandaises.

Je dis à la jeune fille que je suis infirmière et m’intéresse à voir comment ça se passe. Elle me dit d’entrer. Je lui dis que je ne veux pas la déranger, elle me répond « I have plenty of time ». Donc, j’enlève mes chaussures et j’entre dans la pièce principale.

Cette jeune fille parle parfaitement l’anglais et me fait visiter en ouvrant les portes des armoires et en m’expliquant… tout !

Comme le pasteur n’est pas pasteur (cf. l’église), l’infirmière n’est pas infirmière, mais elle a suivi des cours.

On peut faire des prises sang en piquant au bout du doigt, des injections cutanées, par contre, il n’y a pas de pose de cathéter possible. Il y a aussi une belle panoplie de médicaments par voie orale et les mêmes marques que chez nous. Et je vois la morphine au même rayon que le paracétamol ! À l’hôpital en Suisse, la morphine est rangée sous clé en dehors des médicaments habituels et à chaque comprimé sorti, on note à qui on le donne (uniquement sous ordonnance médicale), à quelle heure et on retranscrit le nombre de comprimés restants dans la boîte. Impossible de tricher ! Eh oui, sinon il y a des vols, et bien entendu, par les soignants ! Donc, au Groenland, dafalgan ou morphine, c’est au même endroit dans l’armoire quand même fermée à clé en fin de journée !

Pour l’anecdote, quand j’étais au Danemark avant d’arriver au Groenland, j’étais traumatisée à l’idée d’avoir une éventuelle infection urinaire (les trouilles de dernières minutes). Je me disais qu’il faudrait être rapatrié en hélicoptère si telle est le cas… car on peut mourir d’une infection urinaire non traitée. Deux jours avant le retour, j’étais rassurée, il y a des antibiotiques dans le village ! S’il s’avère que quelqu’un a une suspicion d’infection, on contrôle par une bandelette urinaire et un contact permanent avec les autres dispensaires par un « chat en ligne », permet de se faire prescrire des médicaments par ordonnance médicale à distance. Durant les deux heures où je suis restée avec l’infirmière, elle contrôlait régulièrement la communication.

Pour les accouchements, il y a deux endroits possibles au Groenland, soit à la capitale à Nuuk, soit à Ilulissat, même pas à Aasiaat la ville la plus proche… Donc, j’imagine qu’il y a moins de césariennes que chez nous… Si jamais en cas d’accouchement prématuré, il y a deux trousses de secours stérile prêtes à Akunnaaq. J’imagine qu’on anticipe un peu… quoiqu’au Groenland et on vit au jour le jour… Le mot d’ordre est « imaqa » qui signifie « peut-être ».

Si besoin d’être hospitalisée ou d’investigation médicale, alors la personne est envoyée à Aasiaat, la ville à 20 minutes en bateau par beau temps. Là, il y a un hôpital et aussi une maison pour les personnes âgées.

hôpital d'Aasiaat

hôpital d'Aasiaat

Je demande à l’infirmière : « Quand il y a une urgence, vous appelez l’hélicoptère ? » Elle me répond : « ah ben non, il y a assez de bateaux ! » Eh oui qu’elle idée j’ai eu ! Dans ce village, il n’y a pas de voiture, ça ne servirait à rien, mais la plupart des gens on un bateau, une sorte de grande barque à moteur, c’est leur véhicule avec leur motoneige pour l’hiver. Il y a aussi un bateau-navette… mais elle passe seulement le mercredi ! On ne va pas bien loin ! Donc, quand il y a un blessé, une urgence… on emmène la personne avec un bateau d’un villageois !
Le dentiste vient à Akunnaaq, une ou deux fois par an pour une journée de consultations et le médecin trois à quatre fois par ans.

Nous avons ensuite discuté à bâton rompu, elle m’a raconté en détail sa trouille quand elle a dû faire une injection… il n’y en a pas souvent... Elle m’a montré ses cours pour les urgences, on a refait toutes les pathologies, tous les écoulements possibles de tous les orifices, tous les maux physiques et psychiques, toutes les adresses et téléphone du Groenland en cas de besoins… Elle m’a aussi raconté sa famille, son fils, ses soucis, ses émotions… brefs sans tabou, sans retenue, sans filtre… comme avec une bonne vieille copine ! Cela m’a fait beaucoup de bien de rencontrer cette personne peu avant mon départ, là, où on a plus de retenue dans notre façon d’être…

Au moment de partir, je regarde des boîtes, que je crois être des jeux de cartes, trois sortes de boîtes différentes avec de jolis champs de fleurs (renoncule, niviarsiaq, la fleur nationale du Groenland et le troisième non identifié), un couple et sur l’une d’elles un iceberg. Elle me dit :

  • C’est des préservatifs, on en reçoit d’Aasiaat et c’est donné ! »
     

Intriguée…

  • Je peux en prendre une ?
  • Bien entendu ! »
     

Mais je ne sais laquelle choisir…

  • Je peux en prendre une de chaque ?
  • Bien sûr !
     

Puis, je me ravise ! Je ne veux pas priver la population d’Akunnaaq de préservatifs ! C’est terrible si une Suissesse à dévaliser le stock de préservatif de ce village de 47 habitants ! Elle me répond !

  • Pas de problème, j’en ai encore dans une armoire pleine et… tu sais, c’est principalement des personnes âgées dans ce village.
  •  Ah oui c’est vrai !

 

Voilà comment j’ai ramené un souvenir du cru d’Akunnaaq ! Mes belles boîtes ! Mais c'est surtout le souvenir d’un magnifique moment au dispensaire… où, finalement, malgré les différentes cultures, on est tous pareil !

Préservatifs groelandaises

Préservatifs groelandaises

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