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Rachel Monnat / Accrosens

Rachel Monnat / Accrosens

Parler de la vie, de l'histoire, de voyage...


Retour sur les vacances de mon enfance

Publié par Rachel Monnat sur 5 Juillet 2023, 08:40am

Catégories : #voyage, #conscience, #histoires vécues, #la joie, #la vie

Avec ma Geisha en 1990

Avec ma Geisha en 1990

Depuis 1982, c’est-à-dire de mes deux ans jusqu’à mes dix-huit ans, j’ai passé mes vacances d’été dans une jolie maison authentique, à Hermance, un petit village à la frontière française dans le canton de Genève.

Cette maison était habitée par un couple d’amis de mes parents, M. et Mme Martingay.  Nous allions chez eux quand ils étaient en voyage ou, parfois, nous faisions l’échange d’appartement et ils venaient à Porrentruy.

J’ai tout de suite aimé cet endroit et j’y découvrais mes premiers mots qui m’accompagnaient le reste de l’année : « Les cânas, le scchè, le llakk » -

Plus grande, je mettais tout le monde en émoi, lorsque je demandais durant le repas de midi : « On fait quoi aujourd’hui ? ». Alors que mes parents et mon frère désiraient surtout se reposer, lire et écouter de la musique ! Mon unique envie était surtout d’aller à la plage me baigner ! J’étais manifestement celle qui avait le plus la bougeotte ! Nous allions aussi nous promener à la rivière et nous passions une journée en ville de Genève au marché aux puces de Plainpalais et c’était l’unique fois de l’année où nous mangions au MacDo.

Mon frère, Grégoire, dormait dans la chambre du haut et moi dans celle du bas et nous échangions d’une année à l’autre, voire au milieu des vacances ! Nous aimions tous les recoins de cette maison, elle semblait habitée de secrets, d’objets divers et appelait à rêvasser ! Je me rappelle l’odeur… on y sentait la pierre, le bois, le chèvrefeuille en pleine floraison grimpant sur le balcon. Chaque année, ces odeurs nous envahissaient… l’odeur des vacances !

Il y avait la propriétaire du lieu, qui habitait l'autre moitié de la maison, qui donnait côté jardin. Nous lui rendions visite par une porte intérieure où nous toquions. Quand elle n’a plus été là, nous avions l’autorisation d’aller bronzer dans son jardin envahi de fleurs.

Il y avait l’épicerie où nous aimions nous rendre, acheter ce qu’on n’avait pas l’habitude en temps normal : du melon, de la pastèque, de la boisson Oasis, de la tomme de Savoie…  Les épiciers nous étaient familiers.

Généralement, on y allait fin juin - début juillet, mais une fois nous nous y sommes rendus plus tard, et nous avons passé le 1er août au village. Moi, qui ne connaissais de cette fête que des discours ennuyeux, accompagné de pétards…  Là, c’était différent ! Cela commençait par le cortège… Madame Martingay nous avait sorti des lampions. À la tombée de la nuit, tout le village était réuni, nous marchions… je prenais soin de mon lampion allumé à la bougie. Un animateur mettait l’ambiance, il nous motivait et donnait de la bonne humeur ! Puis nous avons encerclé la fontaine, nous tournions autour… et il a entamé la chanson « Le picoulet du doigt ». Nous répondions en chœur, alignant les gestes aux membres de notre corps désignés, mémorisant la chanson qui s’allongeaient… Je découvrais ce chant, j’étais émerveillée de nous amuser avec des gens inconnus, à chanter et à danser ! Ensuite, nous avons entamé « Alouette, gentille alouette ». Puis, nous sommes repartis en cortège jusqu’à la plage d’Hermance ou nous avons mangé une délicieuse soupe dans un joli bol en terre cuite. Il me semblait qu’on était au cœur de la nuit. C’était magique ! Ça a été mon plus beau 1er août !  

Mon frère et moi en 1982 et 1983
Mon frère et moi en 1982 et 1983Mon frère et moi en 1982 et 1983
Mon frère et moi en 1982 et 1983Mon frère et moi en 1982 et 1983
Mon frère et moi en 1982 et 1983Mon frère et moi en 1982 et 1983

Mon frère et moi en 1982 et 1983

La tour, la rivière, l'épicerie et sa fontaine en 2023
La tour, la rivière, l'épicerie et sa fontaine en 2023La tour, la rivière, l'épicerie et sa fontaine en 2023

La tour, la rivière, l'épicerie et sa fontaine en 2023

Phil Collins a été notre voisin !  Il avait emménagé dans la maison à côté de nous ! M et Mme Martingay nous disait qu’il ne le voyait jamais, uniquement son chauffeur et quand on a montré une photo du chanteur, il s’avérait que le chauffeur c’était lui ! Mon frère, Grégoire, a pu lui parler quand Phil Collins est monté dans sa voiture, parquée derrière la nôtre. Et moi, je suis allée sonner. C’est sa femme Orianne qui m’a répondu et m’a donné une dédicace.
Pour l’anecdote, en écrivant ces souvenirs, je me rends compte que j’ai donné ce prénom à l'héroïne principale de mon roman « L’intouchable nudité »

La maison de Phil Collins (photo de 2023) et la voiture de Phil Collins en 1995La maison de Phil Collins (photo de 2023) et la voiture de Phil Collins en 1995

La maison de Phil Collins (photo de 2023) et la voiture de Phil Collins en 1995

Il y avait Geisha, la chatte des voisins ! Elle était magnifique avec ses longs poils blanc et gris !
Elle montait les escaliers extérieurs de notre maison et venait sur la terrasse se prélasser dans des bacs à fleurs à l’ombre du chèvrefeuille et j’allais la caresser… pendant des heures…
Une année, nous venions d’arriver, je regardais par la fenêtre, Geisha était sur le muret d’en face. Je dis « Oh il y a Geisha » et la petite tourne la tête, me vois et illico, elle descend du mur, traverse la route -toujours en marchant- avant de courir dans les escaliers pour me retrouver ! Ma Geisha !

Un jour, rentrés de nos vacances, M. et Mme Martingay nous demandent si nous faisions entrer la chatte ? Nous répondons que non, si elle essayait, nous la faisons sortir et c’est moi qui sortais pour être vers elle. Une fois que nous étions partis, Geisha est entrée dans la maison, descendue les escaliers et est venue dans la chambre, sur le lit où je dormais ! Ma Geisha !

Puis, un jour, elle a été malade, un cancer à la patte, elle ne bougeait plus beaucoup alors la voisine m’a fait venir dans son jardin pour que je puisse venir la caresser.

Ma Geisha 1989 et 1993
Ma Geisha 1989 et 1993Ma Geisha 1989 et 1993
Ma Geisha 1989 et 1993Ma Geisha 1989 et 1993

Ma Geisha 1989 et 1993

Puis M. et Mme Martingay ont déménagé à Lausanne. D’autres locataires y sont venus…

Récemment, je n’avais qu’une idée en tête y retourner ! Lors de ma conférence à Genève le 16 juin dernier, je décide d’y aller le soir !
Je sors du bus. Au lieu d’aller directement à la maison et à la plage, je décide de faire un tour à l’église, à la tour d’Hermance, à la rivière, à l’épicerie -fermée à cette heure- avant d’aller dans « ma » rue. Je vois une femme devant la maison de Geisha. Je lui demande si elle habite là. Elle me répond que c’est son ami. En lui mentionnant mes vacances d’enfance, elle l’appelle par la porte ouverte ! Je vois ce grand monsieur et lui raconte mes étés qui ont commencé il y a 40 ans en arrière ! Il s’avère que c’est le fils des voisins ! Nous discutons et nous refaisons toute l’histoire du village. Il me rappelle tous les noms de famille que j’avais oubliée, sans omettre, bien entendu Phil Collins. Son père avait fait déguerpir des journalistes qui se cachaient derrière la haie en disant "Mais laissez-le tranquille, bon sang !" Il se souvenait que ses parents avaient toujours des chats… mais il n’a pas grand souvenir de la mienne.
Je regardais « ma » maison, je regardais le chèvrefeuille en fleurs, toujours bel et bien là, je voyais la lumière dans la cuisine. Il me dit que c’est une femme qui vit là avec ses enfants, ils sont maintenant grands, mais, parfois, ils reviennent… et je lui demande :

  • Vous croyez que je peux aller sonner, elle est gentille ?
  • Ah oui allez-y !
     

Je regarde un peu inquiète d’aller la déranger… alors il ajoute :

  • Si jamais, vous dites que c’est moi qui vous envoie !

Je le remercie cordialement de ce beau moment d’échange et je m’approche de la maison, je hume le chèvrefeuille et je monte les escaliers, le cœur battant… je regardais les escaliers, je crois que j’aurais pu les dessiner de tête, tellement ils étaient familiers.
Depuis la fenêtre de la porte, je vois la cuisine et elle n’a pas changé ! Le même meuble avec ces mêmes poignées !

La maison et son chèvrefeuille en 1982 et 2023La maison et son chèvrefeuille en 1982 et 2023

La maison et son chèvrefeuille en 1982 et 2023

Je sonne… au bout d’un moment, une femme vient m’ouvrir ! Je m’excuse d’être là, sans une demande particulière… et je lui explique… Elle me dit qu’elle se souvient de M et Mme Martingay, elle a repris leur maison et cela fait plus de 25 ans. Avant, elle habitait la même rue, plus loin. En regardant la salle à manger, je me suis souvenu du tableau qui était accroché : une assiette et trois œufs dessus ! Et j’ai dit : « Ah mais ce tableau, il est chez mes parents ! » Elle m’a dit qu’elle avait voulu changer la cuisine, mais avec le covid, elle n’a finalement pas fait le nécessaire, alors elle est là, identique, sauf un bout de la paroi en moins afin de l’éclaircir... Elle a repeint les murs en blanc du salon afin de lui donner de la lumière. Elle m’a montré la cage d’escalier avec la lampe de mon époque ! Je regarde et caresse le pommeau de l’escalier… elle comprend mon geste et me sourit d’empathie. C’était comme, si je n’avais jamais quitté cette maison… J’aurais pu aller à l’étage, ou descendre… je savais tout comment c’était, les recoins, les murs non droits, la couleur de la salle de bain, le lavabo derrière la porte de la chambre du bas, le piano à queue, le rideau avec l’arbre quatre saisons à la chambre du haut, le premier tremblement de terre que j’ai vécu dans la chambre de mes parents… tout était là…

La cage d'escalier et sa lampe inchangée en 2023

La cage d'escalier et sa lampe inchangée en 2023

L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998
L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998
L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998

L'intérieur 1990, 1992, 1997, 1998

Cet endroit, je l’ai souvent revu en rêve… et j’ai toujours rêvé que j’y retournais…  

Je lui ai dit que l’odeur était discrète, mais je la sentais encore. Et non, ce n’était pas l’odeur du curry que son fils venait de cuisiner!

Ensuite, elle m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que j’écrivais, mon père était libraire, comme M. Martingay…  Elle était enthousiaste des sujets de mes livres, elle désirait se les procurer. Elle m’a demandé de nous tutoyer et de garder contact !
Je lui ai dit que j’étais heureuse de l’avoir rencontrée et de savoir que cette maison avait été si bien habitée durant toutes ces années.

Quel bonheur d’avoir osé grimper les escaliers pour dire bonjour !

Je suis arrivée sur ma plage de nuit, tout au loin, avec la lumière, on aperçoit Genève : « Les canards, le jet, le lac ».

Le jet de Genève depuis la plage d'Hermance en 2023

Le jet de Genève depuis la plage d'Hermance en 2023

Ma maman et moi en 1998

Ma maman et moi en 1998

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J
Coucou Rachel, nous avons déjà engagé et je t'ai déjà apprécié dans un de tes spectacles, à Porrentruy même, puisque j'habitais près de Belfort ! Ton magnifique commentaire a éveillé bien des reminiscences en moi... D'une part, parce que j'ai souvent traversé Hermiance, en allant de Collonge Bellerive à Yvoire, de ce village suisse où nous avons des amis à ce village français que j'adore et ou j'ai séjourné plusieurs fois ; d'autres part parce que tout ce que tu as si joliment dit sur cette maison... de rêves, je l'ai vécu et ressenti à l'identique pour la maison de mes grands-parents à La Chaux-de-Fonds, où je passais des vacances inoubliables, été comme hiver ! Moi aussi j'en connais tous les recoins et la visite souvent en pensée... Mais moi je n'ai jamais osé aller voir les nouveaux propriétaires, et la dernière fois où je l'ai vue remonte à plus de 35 ans ! Et hélas, je sais qu'elle a été sensiblement remaniée à l'époque... Heureusement qu'il me reste quelques rares photos (pas de smartphones à l'époque !) Après un intermède de 5 ans à Marseille et un divorce, me voilà de nouveau à Belfort, près d'une de mes filles (l'autre vit au Kamchatka !), l'opportunité de venir te revoir en spectacle si tu te produis à Porrentruy... Alors à bientôt j'espère ! 🙏😊
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R
Merci Jean-Christophe! Ton commentaire date bientôt de deux ans! Au secours et je ne le vois que maintenant, je ne sais pas pourquoi... Mais bon, il vaut mieux tard que jamais! Merci de ce beau témoignage! Des souvenirs d'Hermance, d'Yvoire, j'aimais beaucoup y aller aussi! Et de la maison de La Chaux-de-Fonds, les souvenirs restent forts et sont gravés à jamais... Cordialement
J
Un petit moment d'émotion pour moi aussi Rachel, ca me rappelle tellement de souvenirs !<br /> Bravo pour avoir partagé tes souvenirs d'enfance à Hermance
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R
Eh oui, des souvenirs que nous avons aussi partager ensemble dans ce petit village! Merci de ton retour!
F
Beau témoignage et jolis souvenirs :-)
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R
Merci!<br />

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