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Rachel Monnat / Accrosens

Rachel Monnat / Accrosens

Parler simplement de vie, de sexualité


Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis

Publié par Rachel Monnat sur 6 Novembre 2018, 16:50pm

Catégories : #livres, #la vie

Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis

Dans mon dernier article, j'ai mis une longue citation du roman de Serge Marquis « Le jour où je me suis aimé pour de vrai ».

Ici, je rassemble d'autres citations qui m’ont marquée... des pépites!

Le livre est centré sur problème de l’Ego. L’Ego est vu comme une personne extérieure à nous-mêmes (appelé Egoman)  qui nous habite bien trop souvent et nous empêche de vivre pleinement et de nous épanouir.

« La jalousie, c’est la peur de perdre ce que tu as l’illusion de posséder (…)
L’envie, c’est la peur de ne pas avoir ce que quelqu’un d’autre semble posséder(…)
Dans le cas de la jalousie, c’est la peur de ne pas avoir.
Dans les deux cas, cela t’aliène et t’empêche d’aimer.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, p.168

Marie-Lou (atteinte d’un cancer) parle à Charlot (le fils de Maryse, la narratrice) son amoureux :

Ce que l’on prend pour de l’amour, ce n’est pas une rencontre d’égal à égal, mais une rencontre d’ego à ego. Egoman contre Egoman. Ils entrent dans une bataille sans fin. Ils gagnent, perdent, s’enfuient, mais demeurent toujours prisonniers du besoin de se battre ; chacun veut prouver qu’il a raison et que l’autre à tort. Ils ne connaissaient pas la paix. Ils passent de combat en combat toute leur vie, avec l’illusion d’être en relation. Ils ne comprennent pas qu’aimer, c’est d’abord et avant tout être libre de toute attache ; ne plus être prisonnier du besoin de gagner. Je n’ai plus besoin qu’on m’aime, Charlot, et je ne me suis jamais sentie aussi vivante. (…) Aujourd’hui, je sais ce que veut dire l’expression « s’aimer soi-même ». C’est quand il n’y a plus de « je » aux prises avec des tourments, du mépris, la peur de disparaître ou d’être oublié.

p.193

Charlot qui parle de Marie-Lou :

Un jour, Maman m’a dit que j’étais un morceau d’étoile. Avec Marie-Lou, j’ai compris que c’était vrai. Au début, elle ne voulait pas perdre ses cheveux. Quand elle est devenue chauve à cause des traitements, elle a finalement décidé que c’était comme laisser aller de la lumière, comme la donner, la répandre. La lumière des cheveux se mêlant à celle des étoiles. Elle me disait que tout peut être donné si on est libre. C’est-à-dire libéré de nos liens.

p.226

George, psychologue dans un service d'oncologie et ami de la narratrice, parle à celle-ci, de la peur de la mort des enfants atteint du cancer.

Ils ont peur, à sept, neuf ou douze ans, de ne pas avoir dit « je t’aime » assez clairement. A leurs frères, sœurs, amis, parents… Ils ont peur de ne pas avoir été entendus. C’est la seule trace qu’ils veulent laisser. Aucune autre. Ces enfants m’ont aidé à trouver ma voix.

p.243-244

La narratrice Maryse (médecin oncologue, femme très volontaire) se plaint des malheurs de sa vie :

Moi, moi, moi… Pourquoi fallait-il qu’après toutes ces épreuves – la cécité de Charlot, la surdité de Marie-Lou, le suicide d’Hamid- la vie me réserve encore un mauvais sort ? Pourquoi moi ? Georges m’aurait dit – à son habitude : « Calme-toi, Maryse. Il ne faut pas te croire importante au point de penser que la vie s’acharne spécifiquement sur toi. Qu’elle t’a choisie comme victime privilégiée. Il n’y a qu’une solution, la Présence.

p.199

La narratrice Maryse vit une aventure sexuelle :

« Nous n’avons ni parlé d’amour ni même d’un prochain rendez-vous. Aucune demande, aucune attente, aucune exigence. La rencontre, dans l’instant, avait été complète. Libre. Nous savions tous les deux qu’il ne s’agissait ni d’un début ni d’une fin. Seulement la vie libérée des entraves du « moi, moi, moi ». La vie à la hauteur des cellules qui communiquent entre elles.
Finie la nécessité d’interrompre une conversation pour montrer que je détenais la seule opinion valable, un savoir exceptionnel ou une idée supérieure à celle d’autrui. Evanouie la pression intérieur pour défendre mes fausses identités. J’apprenais à me taire, de plus en plus souvent. Le désir de toujours gagner s’éloignait, tout comme celui d’être unique.
Le travail sur mon ego ne sera jamais fini, j’en ai conscience maintenant. Heureusement, cette conscience change tout ! »

p. 208

Diverses citations :

C’est Egoman qui s’attache. À tout et à n’importe quoi. Et il nous amène à confondre être attaché et aimé. » (…)
Egoman a tout le temps peur de perdre ce qu’il croit posséder. Cela l’empêche de découvrir ce qu’aimer veut vraiment dire.
« Le jour où je me suis aimé pour de vrai, il n’y avait plu de « je ». Seulement une présence aimante »

p. 226

« Tous les humains qui s’affairent à devenir eux-mêmes perdent leur temps. On ne peut pas devenir soi-même. On ne peut qu’être soi-même. Cela se fait en une fraction de seconde, en un battement de cils, le temps d’une inspiration. Être là est la seule solution, il n’y a pas d’autre remède à la peur, à l’angoisse, à toutes les formes de souffrance psychique, au vieillissement, aux pertes…
Être là. »

p. 235

Georges parle de Marie-Lou à Maryse:

Tu aurais pu lui dire qu’Egoman s’immisce dans l’amour et le contamine. Comme le cancer l’a fait dans le sang de Marie-Lou. Et que c’est peut-être pour cette raison que son amoureuse comprend ce que le mot « aimer » veut dire. Marie-Lou n’a pas peur de disparaître : Egoman n’a plus de pouvoir sur elle. Elle sait comment revenir ici, à chaque instant. Elle est capable de voir l’ego dès qu’il commence à infecter ses pensées. Elle peut sourire des efforts de ce dernier pour s’arroger une identité en allant jusqu’à essayer de se servir de la maladie pour devenir quelqu’un - à tout prix !

p. 209-210

La citation de Charlot à sa mère Maryse  quand l’Ego remonte :

- Tu te fais souffrir inutilement, Maman. Demande-toi en quoi ces pensées peuvent t’être utiles. Rappelle-toi que tout est offert et qu’il suffit d’être là : dans les lilas, les cerisiers, les asters, les chrysanthèmes, les marguerites d’automne et les étoiles… Rappelle-toi que rien ne dure et que tout est relié. Le temps passé à croire que tu es la seule à mériter mon amour est du temps perdu. Quand les films de Papa et moi commencent dans ta tête, répète-toi autant de fois que nécessaire : « Reviens ici, Maryse, reviens ici ! » Tu entendras alors des musiques qui te feront vibrer comme jamais : Bach , Beethoven ou même le bêlement des chèvres. Tu respireras des parfums que tu croyais connaître et qui t’enivreront pour la première fois. Tu goûteras des saveurs déjà goûtées qui, tout à coup, te troubleront jusqu’à l’extase. Tu verras des lumières et des ombres qui te feront pleurer de gratitude. Tu découvriras du bout des doigts la douceur, la rugosité de manières qui te combleront de jouissances accessibles à chaque instant. Tu ressentiras dans ta poitrine tous les battements de cœur, ceux des enfants à Noël, ceux des adolescents à leur premier amour. Tu auras envie de te rouler dans l’herbe, le sable ou la neige en criant « Je suis vivante, je suis vivante ! ». Et à chaque fois qu’un petit malade te demandera pourquoi tu pleures quand il te dit qu’il t’aime, tu pourras répondre sans gêne : « C’est la tendresse, c’est la tendresse »…

p. 251

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai » de Serge Marquis, Editions de La Martinière, 2015

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